Mémorial Frank Vandenbroucke
Lorena Wiebes s'impose sur les pavés de la Grand-Place, édition 2025
En restant sur la Grand-Place, on voit les femmes passer quatre fois et les hommes six. C'est le meilleur poste de la journée, et il ne coûte rien.
Les femmes s'élancent de Chimay quand la matinée s'achève. Les hommes les suivent une heure plus tard depuis la Grand-Place, descendent jusqu'à Chimay et remontent. Deux courses, deux histoires, une seule ligne d'arrivée.
La ville
Ville d'arrivée de Binche-Chimay-Binche depuis 1911, Binche est connue bien au-delà du cyclisme : pour son carnaval, reconnu par l'UNESCO en 2003, et pour son enceinte médiévale, l'une des mieux conservées de Belgique. Le jour de la course, la Grand-Place retrouve le rôle qu'elle tient le reste de l'année, celui du lieu où la ville se rassemble.
Trois jours par an, Binche s'arrête. Le Mardi gras, dès le petit matin, les Gilles sortent au son des tambours, le masque de cire sur le visage, et la ville leur appartient jusqu'au soir. Le chapeau de plumes d'autruche l'après-midi, l'orange lancée à la foule, le pas que l'on apprend enfant et que l'on ne perd jamais : rien de tout cela n'a été inventé pour les visiteurs.
L'UNESCO l'a reconnu en 2003 comme chef-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité.
Binche est l'une des rares villes de Belgique à porter encore son enceinte médiévale presque entière. Deux kilomètres de murailles, vingt-cinq tours, et derrière elles un centre que l'on traverse à pied en vingt minutes.
Le beffroi de l'hôtel de ville, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO avec les autres beffrois de Belgique et de France, sonne les heures au-dessus de la Grand-Place. En contrebas, le parc communal descend vers les ruines du palais de Marie de Hongrie.
Installé dans l'ancien collège des Augustins, à deux pas de la Grand-Place, le musée raconte le carnaval de Binche et, avec lui, toutes les pratiques masquées du monde entier.
Découvrir le MUMASK →Les terrasses s'y installent aux premiers beaux jours, les batteries et les musiques du carnaval y répètent, les enfants y courent après les pigeons. La Grand-Place n'est pas un décor que l'on sort pour les grandes occasions, c'est le lieu de vie du centre, et la course en profite autant que le carnaval.
Des pavés, des côtes courtes tout autour, et une place capable d'accueillir la foule : Binche avait tout pour plaire aux coureurs. Binche-Chimay-Binche s'y dispute depuis 1911, et chaque mois d'octobre la ville rend sa Grand-Place au peloton.
Le Tour de France y a pris son départ deux fois. En 2019 vers Épernay, où Eddy Merckx a donné le départ cinquante ans après son premier Tour, et où Julian Alaphilippe s'est imposé avant d'endosser le maillot jaune. En 2022 vers Longwy, où Tadej Pogacar a gagné. Dans les deux cas, les mêmes rues et la même foule le long des barrières qu'un mardi d'octobre.
Le matin, les hommes s'y alignent. L'après-midi, tout le monde y revient. La rue de la Pépinière, pavée, redresse la route dans les derniers hectomètres : on n'arrive pas ici en roue libre.
Seize kilomètres et quatre cents mètres qui ne laissent jamais souffler. L'interminable route de Merbes, l'abbaye de Bonne-Espérance au bord du chemin, puis la Grand-Place qui reprend le peloton comme elle seule sait le faire. Et à chaque tour, la Pépinière fait son tri. Le tracé change cette année : la rue Saint-Roch, trop abîmée, sort de l'itinéraire.
Une cinquantaine de kilomètres plus au sud, là où le Hainaut se termine en forêts. Les femmes y prennent le départ, les hommes y règlent le sprint intermédiaire. La ville doit sa réputation aux trappistes de Scourmont, qui y brassent depuis 1862.
Un verre à l'une des terrasses de la Grand-Place, et la convivialité binchoise se passe d'explication. À quelques encablures, la rue Robiano et les rues voisines vous attendent : les commerçants du centre seront ravis de vous accueillir. Et si la matinée est longue, les remparts et le parc communal se visitent à pied.
Deux cent six kilomètres pour les hommes, cent vingt-cinq pour les femmes, puis le même circuit local pour finir : seize kilomètres autour de Binche que le peloton recommence jusqu'à l'épuisement. La rue Saint-Roch s'étant abîmée, le tracé a été redessiné cette année.
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Les points clés du road book officiel. Le peloton ne roule jamais tout à fait à la vitesse annoncée : choisissez la vôtre, le tableau suit.
Dames Élite · 125 km · 3 passages
| 0 | Départ fictif · Grand-Place de Chimay | 11h20 |
| 0 | Départ réel · km 0, Chimay | 11h30 |
| 26,1 | Sommet du Petit Poggio | 12h06 |
| 49,5 | Lobbes | 12h38 |
| 55,1 | Rue de Binche | 12h45 |
| 62,2 | Entrée du circuit local | 12h55 |
| 76,8 | Grand-Place · 1er passage | 13h15 |
| 92,4 | Grand-Place · 2e passage | 13h36 |
| 108,7 | Grand-Place · 3e passage | 13h58 |
| 125 | Grand-Place · ARRIVÉE | 14h20 |
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Hommes Élite · 206,8 km · 5 passages
| 0 | Départ fictif · Grand-Place de Binche | 12h30 |
| 0 | Départ réel · km 0, Binche | 12h40 |
| 21,8 | Beaumont | 13h07 |
| 49,3 | Sprint intermédiaire · Chimay | 13h42 |
| 64,3 | Cerfontaine | 14h00 |
| 75,2 | Sommet du Petit Poggio | 14h14 |
| 99,4 | Pont sur la Sambre | 14h44 |
| 111,4 | Entrée du circuit local | 14h59 |
| 125,8 | Grand-Place · 1er passage | 15h17 |
| 141,2 | Grand-Place · 2e passage | 15h37 |
| 157,6 | Grand-Place · 3e passage | 15h57 |
| 174 | Grand-Place · 4e passage | 16h18 |
| 190,4 | Grand-Place · 5e passage | 16h38 |
| 206,8 | Grand-Place · ARRIVÉE | 16h59 |
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Née en 1911, disputée trente-huit fois. L'épreuve féminine n'a que cinq ans et Lorena Wiebes en a déjà gagné deux.
Trois hommes comptent deux victoires : Omer Taverne, Jelle Nijdam et Danny van Poppel.
Créée en 2021, classée 1.2 la première année puis 1.1 depuis 2022. Cinq éditions, cinq vainqueures : le palmarès féminin tient déjà tout entier ci-dessus.
Elle naît en 1911, entre Binche et Tournai, et prend aussitôt l'habitude de disparaître. Deux éditions, puis le silence. Elle revient en 1922, s'arrête encore après 1930, et cette fois s'absente cinquante-quatre ans.
En 1984 elle rouvre les yeux. Treize éditions, treize automnes, jusqu'à ce jour de 1996 où Frank Vandenbroucke lève les bras. Personne ne sait alors que ce sera la dernière avant longtemps.
Le 5 octobre 2010, elle revient une troisième fois, et cette fois elle reste. Elle porte désormais le nom de celui qui l'avait gagnée quatorze ans plus tôt et qui s'est éteint l'année précédente. En 2013 elle quitte Tournai pour Chimay, et prend l'année suivante le nom qu'on lui connaît. En 2019 elle rejoint l'Eurométropole Tour et la Famenne Ardenne Classic dans un triptyque wallon de fin de saison. En 2021, les femmes ont la leur.
Depuis ce retour, elle n'a manqué qu'un seul rendez-vous. 2020, comme tout le monde.
Une Grand-Place vide au petit matin, un verre de Chimay tendu au-dessus des barrières, le peloton qui remonte les pavés.









Photos : Sacha Vitali, édition 2025.
Lotto porte l'épreuve masculine, Minimax la féminine. Derrière elles, des entreprises d'ici et quelques institutions font que la journée existe.
Épreuve masculine
Épreuve féminine







































